miércoles, 3 de abril de 2013

Les pères de famille ne portent pas de robe

Buenos días

Françoise ya se leyó el libro del que hablamos en la última entrada (que aquí seguimos buscando) y nos ha enviado un extracto que es el mismo que figura en googlebooks en español.

Saludos


Bonjour,
Après avoir lu le dernier article du blog sur le livre de Guillaume CHEREL. Pour assouvir ma curiosité, je me le suis procurée à la bibliothèque de Sainte Verge…
L’étrange fait divers sur la mort de Gregory Hemingway (fils cadet d’Ernest) décédé dans une cellule de la prison pour femmes de Miami à l’âge de 69 ans, va changer le destin de Jack HEMRIT, écrivain et journaliste quadragénaire, qui tente sans succès de rafistoler sa vie amoureuse et artistique dans la campagne Toulousaine.
Découvrant la nouvelle, Jack se précipite à Londres pour interviewer une mystérieuse « vieille dame » qui après avoir séduit le jeune homme, qui de révélation en révélation, va lui faire découvrir les mystères de sa propre histoire familiale.
Et, par l’occurrence celle de son grand’ père « Eusebio Rodriguez De Hoyos » surnommé « Pedro » né le 03/12/1912 à Cuidad Rodrigo. D’ailleurs sa description de cette localité est exceptionnelle, toute en image, en couleurs.

« - Le coucher de soleil de Cuidad Rodrigo fut un véritable spectacle. Sur la moitié de la voûte céleste, du zénith jusqu’à la ligne d’horizon, une luminosité s’étendait, d’Est en Ouest, étonnante par la pureté de sa teinte pastelle mêlée de jaune d’or. Sur ce fond doré, sous des nuages rose pâle,
Le soleil brûlait d’un orange éblouissant tirant sur le rouge. C’était plus qu’un banal coucher de soleil. Les couleurs vibraient. C’était une orgie de couleurs vivantes. Elles explosaient comme un feu d’artifice à l’horizon.
Des flammes de ciel ! Le ciel en feu ! Une débauche de vie ! On y voyait aussi des verts orangés, du vert frais éthéré, des rouges cuivrés et du grenat, du violet et du bleu pâle.
La brume dorée se dissipait peu à peu. Les jaune, rouge, orange devenaient moins aveuglants, pour se transformer en teintes turquoises, vertes, roses, rouge sang, lie-de-vin. Le pourpre et l’indigo devenaient bronze, les vagues de couleurs ondulaient, pareilles à d’immenses serpents, puis, subitement, toute cette splendeur, cette magnificence s’éteignit. L’obscurité s’abattit sur la péninsule ibérique. » 
 
Puis, il reprit sa route. Personnellement, ce que je trouve d’étonnant dans ce récit, c’est que certains prénoms sont changés, alors que le nom de Marcelo est intégral et inchangé.
«  L’air était doux à cette heure matinale0 J’étais ébloui par le soleil qui claquait sur les murs blancs, lorsque je me suis garé face la poste .J’ai d’abord bu un café au bar « Hoyos churreiria », dans le but d’engager la conversation avec un autochtone. Une demi-douzaine de consommateurs, d’une cinquantaine d’années, parlaient (fort) de tout et de rien, au milieu d’une cacophonie (télé/radio) soigneusement entretenue par le jeune barman. Bien qu’il y eût peu de clients au bar, finalement, je n’osais pas leur parler .Je ne savais pas comment m’y prendre. Avaient-ils entendu parler d’un certain Eusebio Rodriguez De Hoyos ? dit « Pedro »… né à Cuidad Rodrigo, Je ne le sentais pas .Non seulement ils n’étaient pas nés à l’époque de mon grand’ père, mais en plus je ne savais même pas où il avait habité. En plus, un mec bizarre me mettait mal à l’aise. Il trouvait le moyen de se coller à moi, dans mon dos, alors que nous avions largement la place de nous étaler tout au long du zinc. Il était chauve, les oreilles décollées, avait les épaules voûtées, et portait un débardeur crasseux de sueur. J’avais beau m’avancer. Il avançait avec moi. Le patron, ou son fils, regardait son manège d’un œil agacé. Puis j’ai compris. Ce type était l’idiot du village. Il donnait un coup de main, mais de n’était pas un garçon de café. Le jeune barman finit par l’envoyer paître. Du coup, ça m’a coupé le sifflet. J’ai renoncé à engager la conversation. J’ai payé………………………………
--------------------Il commençait à faire chaud. Je me suis engouffré dans la première ruelle à l’ombre que je trouvai. Les rues piétonnes étaient propres, ça sentait bon chez mon grand’ père.
Un petit vieux, juché sur un bourricot………………a débouché à ce moment-là, d’un passage en pente. Il portait une casquette en toile bleue. -------------j’en qi profité pour savoir s’il connaissait la famille RODRIGUEZ. Laquelle ? Il y en avait quatre ou cinq… Forcément…………………………..
…………Les deux sympathiques mémés (grand’mères) m’ont indiqué l’ayntamiento, la petite mairie face à l’église.
S’y trouvait Jesus Marcelo Hernández Lozano, brun, légèrement bouclé, traits d’espingouin type. Taille moyenne, chemise Lacoste, nez épaté, jeans, mocassins. Catho pratiquant, super sympa. Membre d’une association jumelée avec un village français. Bientôt rejoint par son ami, Hondo (prononcer « Rondo »), même âge, cheveux courts, tempes grisonnantes, œil rieur, allure sportive, jeans, tee-shirt bleu délavé moulé. Lesquels m’ont trouvé l’acte de naissance de mon grand’ père en deux temps, trois mouvements.
Tout en prenant le temps de parler. De me proposer un café. Le temps de faire des photocopies…
Un art de vivre, vous dis-je ! J’ai immortalisé l’instant. Ils disaient travailler pour la justice espagnole.
Je n’en saurais pas plus. Ce que je sais, c’est qu’ils étaient très chaleureux. Et qu’à dix heures et demie, onze heures, c’était plié……………………………
…………………………..J’ai regardé vers l’horizon. Respiré un grand coup. J’ai fait le signe de la victoire avec les bras, le village de mon grand’ père en contrebas………Le clapotis d’une fontaine me berçait les oreilles. Il était temps de partir……. Mais avant de quitter Hoyos, je voulais en savoir plus sur Pedro.
Qu’avait-il fait pendant la guerre civile ?
Pourquoi n’avait-il pas participé à la Résistance ?
Pourquoi était-il en robe sur une photo ?
------------------------De retour au village, pour manger, les deux types de la mairie et le vieil homme descendu de sa mule m’ont invité à boire un verre.
Trois heures après, j’étais bourré.
!Vete con Dios ! m’a dit le vieux à la mule(ou le bourricot) avant de me quitter
Ma quête du grand’ père avait fait le tour du pueblo. Mon histoire s’était transformée en légende. J’étais l’orphelin français parti à la recherche de son héritage… On m’avait vu pleurer de rage dans les rues… M’isoler sur les hauteurs pour méditer… J’étais un grand journaliste français qui préparait un livre sur le village…Les villageois me ménageaient une surprise. Le maire était au courant. Il est venu me saluer. J’étais chez moi à Hoyos. Je revenais quand je voulais. Est-ce que je connaissais le vino blanco de la région ? ! No !
Maintenant, si
Bueno.
Je n’ai pu payer qu’une tournée de bière… Impossible de sortir le peu d’argent qu’il me restait. L’alcool est une des choses les mieux partagées au monde. J’étais l’invité d’honneur…ça tombait bien, j’étais fauché. Après, je ne me souviens plus très bien Ils m’ont nourri, gavé, abreuvé, écouté, parlé, et on a bien ri. Nous nous sommes finis au fameux vino blanco de pitura, avec Felipe, Celestino, Marcelo, et d’autres dont je ne me rappelle plus le nom… Des flics, des avocats, des juges… Je n’osais imaginer comment ça aurait tourné avec des repris de justice !
  • Gracias Pedro, mi abuelo.
  • A ta santé !
  • ! Salud !
Grâce à toi, j’ai bar ouvert dans le trou du cul de l’Espagne. J’ai une demi-douzaine de nouveaux amis. Des hommes de trente à quarante ans. Tous célibataires. Ce détail m’a frappé. Où étaient les femmes ? Pas une robe à l’horizon.
J’allais aborder la question, avec Jesús Marcelo Hernández, dans une des auberges de la tournée, lorsque j’ai senti une main sur mon épaule. Je me suis retourné et j’ai vu un homme gras, de mon âge, mais qui en paraissait dix de plus, avec dans les mains la fameuse surprise annoncée : un vieux cahier sur lequel était écrit à l’encre noire : A pesar de todo(1936-1937).
Le manuscrit inachevé de mon grand’ père !
Cet homme, qui se disait mon cousin, m’offrait le cahier évoqué par Missis Hicks (la vieille dame de Londres). Il l’avait gardé comme une relique… Disait l’avoir reçu de la sœur d’une grand- tante, installée en France à Saint-Denis, qui était revenue mourir chez elle… A Hoyos. Personne, n’avait pu le lire… puisque c’était en français… et comme j’étais français… et que j’étais de la famille… Il me revenait de droit. Il était à moi…………..
--------------------Quand j’ai montré les photos du grand’ père, ils ont eu l’air surpris. … J’avais oublié que, sur l’une d’elles, il portait une robe. Ils n’ont pas insisté… comme s’ils étaient embarrassés pour moi. Ou pour eux… Après tout, c’était un enfant de Hoyos. Peut-être aujourd’hui parlent-ils encore de moi, dans les bars, comme du petit-fils du travelo…. Je leur ai écrit, envoyé des photos, depuis. Ils ne m’ont pas répondu. Serments de pochtron….
Des blagues courent sans doute sur Pedro le Parigot en robe…. N’empêche qu’il s’était marié, lui. Alors qu’eux étaient tous célibataires et sans enfant, sauf le vieux torero. Ils ont fini par me l’avouer, leurs relations amoureuses ne tenaient pas. Elles leur en demandaient trop… J’acquiesçais. Je compatissais. J’étais solidaire. On était entre mecs, j’en rajoutais même : faut dire qu’elles ont un sacré putain de caractère les Espagnoles !
N’ayant mangé que des tapas, lorsque nous sommes sortis de la troisième taverne, je leur ai dit que j’avais faim.Hostia ! s’ est exclamé Hondo, allons nous sustenter….Marcelo nous a alors invité à manger (et à boire) dans son garage…. Et nous voilà, debout, moi mon cahier sous le bras, saucissonnant autour d’une grande roue en bois, transformée en table. Et toujours pas de femmes….
Je demandais régulièrement: ¿Dónde están las mujeres? Un gag récurrent. Nos rires ont fusé sur la nappe cirée. Puis vinrent les pleurs du vieil Adolfo, el bailador, le danseur au nez de pochtron et aux yeux de boxeur, mimant les gestes du torero….Ses larmes coulant le long de ses joues, lorsqu’il déclamait des vers en hommage à sa fille, Morte je ne sais plus comment… Il rentra chez lui, en tanguant et reniflant. Adios ! Adolfo au vino triste.
Vint l’heure de nous quitter. Eux, allaient faire la sieste, et reprendre le boulot à dix-sept heures environ. Moi, au lieu de reprendre la route, sur mon fier destrier, je me suis dirigé vers un autre saloon. Pas pour continuer à boire, pour éteindre le feu qui brûlait en moi avec de l’eau et du café. Instinct de conservation. Je ne pouvais décemment pas conduire dans cet état……………
………………………….J’avais de nouveaux amis grâce à John Baley-corn, Jean Grain d’orge, ce diable d’alcool… Voilà un truc typiquement masculin, pas si anodin. Se péter la gueule, deux heures durant, entre mecs qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam, et s’en souvenir toute sa vie. J’étais certain qu’ils ne m’oublieraient pas de sitôt, là-bas.
- ¿ Te recuerdas, el Frances ? Su abuelo era homosexual… ¿Cómo se llama ?
Jack ! Je m’appelle Jack. Et j’ai goûté au vin malin du Cabaret de la Dernière Chance.
Jacko de Hoyos.
C’est ça, compañero….
La tête qu’ils allaient faire quand ils recevraient le bouquin ! Avec la photo du mec en robe sur la couverture… Je me promettais déjà de revenir avec mi madre, Dolores…. Pour leur traduire les passages les concernant. On arrosera ça encore au vino blanco. Otra vez ! Hoyos est jumelé avec Sainte Verge (canton de Thouars) : pas Sainte Vierge, Sainte Verge : ça ne s’invente pas ! Les Sainte Vergeois savent dorénavant qu’Hoyos signifie « trous » en espagnol. Mais les habitants de Hoyos savent-ils ce que signifie « verge », qu’ils prennent pour une vierge ?
Mon grand’ père est donc né à « Trous ». Le trou du cul de l’Extrême et dur. Il y a une « Rue de Hoyos » à Sainte Verge. Mais pas de Calle Sainte Verge à « Trous ». Je ne m’en lassais pas : à Hoyos, un panneau indique Hermanamiento Hoyos-Sainte-Verge : 1200 km. Des trous à Sainte Verge ! Et vice-versa…. J’étais bourré. Complètement déchiré. Raide déf’ :Yeeeeeeeaaaaaaaahhhhhhh !!! Z’ étaient faits pour s’entendre, putain ! Trous et Sainte Verge ! Y a pas de hasard, j’vous dis…
! Hostia ! Comme dirait Hondo. ! Madre de Dios ! !Adios Hoyos !
Après avoir bu de l’eau et du café, je suis monté dans ma Ford Ghia. J’ai bien pensé y faire une sieste réparatrice, mais il faisait trop chaud. Même avec l’air conditionné, j’aurais étouffé sur place…. A l’arrêt. J’ai donc préféré rouler lentement pour ne pas mourir borracho. Direction Cáceres (Patrimonio de la humanidad)

Ceci est un passage du libre « Les pères de famille ne portent pas de robe » qui relate le séjour du journaliste, écrivain à Hoyos, nous trouvons aussi les paroles du chant de la liberté, hymne officiel de la République espagnole.
Bonne soirée
Muchos Besitos